Adventistes et musulmans : Cinq convictions

  Comment construire sur ce que nous avons en commun

 
 Il y a trois ans, Jan Paulsen, président de la Conférence générale, m’a demandé de travailler au développement des relations interconfessionnelles avec des dirigeants des religions du monde. Avec 17 millions d’adventistes dans plus de 200 pays, il est logique – en fait, notre mission l’exige – que nous fassions des efforts pour comprendre les gens des autres religions, afin de pouvoir partager avec eux nos valeurs et notre espérance du retour de Jésus.

Pendant ces trois années, je me suis efforcé d’établir des contacts avec les dirigeants de l’islam. Lentement, constamment, plusieurs convictions se sont imposées à moi.

Une vision qui en dit long. Premièrement, le Seigneur prépare le monde musulman à son retour.

Il y a plusieurs mois, j’ai reçu un message que jamais je n’aurais pu imaginer : un dirigeant spirituel de milliers de musulmans de plusieurs pays, un cheik, a déclaré avoir reçu de Dieu une vision au sujet des adventistes. Il est donc entré en contact avec des laïques adventistes ; puis, il a demandé à rencontrer des dirigeants de la Conférence générale. Que faire d’une telle requête ?

Après consultation avec le pasteur Paulsen et d’autres, il a été décidé qu’une petite délégation de la Conférence générale devrait donner suite à cette requête, en vue d’entrer dans des discussions plus approfondies si les événements le justifiaient. En guise de préparation à cette rencontre, je suis allé faire la connaissance du cheik dans son pays. Les neuf heures passées avec lui sur une période de deux jours ont été, c’est le moins qu’on puisse dire, mémorables.

Notre rencontre initiale s’est déroulée chez lui. Dès les premiers instants, nous avons établi une relation simple et amicale. Une fois seuls dans son salon, il m’a posé une question de but en blanc :
« Croyez-vous au retour de Jésus ? »
« Oui. »
« Quand pensez-vous que Jésus reviendra ? »
« Bientôt. »
« Oui, mais dans combien de temps ? »
« Bientôt. Nous, les adventistes, nous n’essayons pas de fixer une date pour son retour, mais nous croyons que ce sera bientôt. »
« Pensez-vous que ce sera dans ce siècle ? »
« Je ne sais pas. Jésus peut venir beaucoup plus tôt que beaucoup de gens, y compris les adventistes, ne le pensent. »
« Je crois que Jésus reviendra dans ce siècle. Dans les saintes Écritures, j’ai découvert des signes indiquant son retour. Presque tous les signes ont déjà trouvé leur accomplissement. »

Pendant deux heures, nous avons parlé du retour de Jésus. J’avais devant moi quelqu’un qui non seulement croit à ce retour, mais qui y croit passionnément ! Le cheik considère notre monde d’aujourd’hui comme un terrible gâchis et estime qu’il empire ; la seule solution à ce problème, c’est le retour de Jésus.

Le jour suivant, le cheik et moi nous sommes rencontrés pour considérer quel sujet devrait former la base des discussions avec les représentants des deux confessions. Presque immédiatement, nous avons opté pour le retour de Jésus. Nous avons décidé de demander à chaque côté de préparer de courts documents sur le sujet général du retour de Jésus, sur les signes de son retour, et sur l’antéchrist. Puis, le moment que j’attendais est venu. « Monsieur, ai-je dit, est-il vrai que vous avez reçu une vision sur les adventistes ? »

« Pas une, mais trois, a-t-il répondu. Et les trois avaient le même message : les adventistes sont le vrai peuple du Livre [un terme du Coran désignant les disciples d’Allah qui ne sont pas musulmans]. Ils sont déjà le peuple de Dieu, alors n’essaie pas de les convertir. Travaille plutôt avec eux. »

Plusieurs semaines plus tard, cette fameuse rencontre a eu lieu. Le cheik a ouvert de nouveau sa maison. Il a fait preuve d’une hospitalité et d’une gentillesse hors du commun lors du banquet à notre intention. Puis, le moment est venu de présenter les documents préparés à l’avance. Le grand intérêt des convives était palpable. Les musulmans étaient suspendus aux lèvres de leurs invités adventistes. Leur ardeur et leur espoir ont été manifestes tout au long de cette soirée, et le jour suivant.

Plusieurs mois se sont écoulés depuis notre rencontre avec les musulmans. Je passe encore en revue l’événement, essayant d’arriver à comprendre ce que signifie tout ça, et ce que le Seigneur peut avoir en tête pour son Église. Quel événement extraordinaire ! Quel bonheur de voir leur soif d’en découvrir davantage, de sentir leur conviction fervente du prochain retour de Jésus ! Je ne peux que désirer trouver un tel esprit parmi mes frères et sœurs adventistes.

Certes, il y a des différences majeures dans la compréhension de son glorieux retour. Mais le fait de base, l’essentiel, demeure : de nombreux musulmans attendent le retour de Jésus – et ce, pour bientôt.

Ce que nous avons en commun
Voici maintenant ma deuxième conviction : les adventistes sont placés de façon unique pour annoncer l’Évangile aux musulmans.

Voici les avantages dont ils jouissent par rapport aux autres chrétiens :
La place des Écritures. Nous basons nos pratiques et croyances sur la Bible et la Bible seule. Cette dévotion et cette loyauté à la Parole révélée impressionne les musulmans, lesquels considèrent le Coran comme la révélation de Dieu.

Le style de vie. Pour les musulmans, les chrétiens sont des mangeurs de porc et des buveurs d’alcool. Or, le fait que nous nous abstenions de ces choses est une merveilleuse surprise pour eux. Ceci veut dire qu’adventistes et musulmans peuvent s’asseoir à la même table sans la moindre appréhension. Voilà qui constitue un facteur important dans l’établissement de relations humaines de base ! Au-delà de ces pratiques, l’emphase que mettent les adventistes sur la simplicité et la modestie trouve un écho dans le cœur des musulmans sincères dont la religion est une affaire de 24 heures sur 24, sept jours sur sept.

Une préoccupation relative aux derniers jours. Le jugement dernier, le retour de Jésus et la résurrection jouent un rôle important dans la pensée islamique. Pour des musulmans fervents, tout dans la vie se vit à la lumière du jugement dernier. Leurs enseignements diffèrent à bien des égards des nôtres, mais les idées maîtresses en commun présentent une occasion pour les adventistes de présenter l’instruction qui éclairera leur compréhension.

Le sabbat. Le Coran mentionne le sabbat, et ce, de façon positive. En revanche, il ne fait pas mention du premier jour de la semaine en tant que jour de repos. Notre observation du sabbat, enchâssée dans notre foi même, nous met à part en tant que peuple obéissant à la révélation divine.

Conflit cosmique. Les musulmans comprennent les événements sur cette terre dans le cadre d’un conflit cosmique entre le bien et le mal, dans lequel Iblis – Satan – et les êtres méchants jouent un rôle majeur. Cette structure générale comporte des parallèles évidents – de même que des différences significatives – avec la compréhension adventiste du grand conflit entre Christ et Satan.

La création. Musulmans et adventistes croient en la doctrine de la création et rejettent, par conséquent, la théorie de l’évolution.

La santé. Les musulmans s’intéressent énormément à la santé et à un style de vie sain. Adventistes et musulmans forment aisément des partenariats pour améliorer la qualité de vie. Au Moyen-Orient, les adventistes ont dirigé des hôpitaux et des cliniques dans des contrées musulmanes. D’autre part, l’Université et le centre hospitalier de Loma Linda entretiennent des relations suivies avec le Royaume d’Arabie Saoudite et l’Afghanistan.

La relation avec Israël. Le fait que nous refusions en tant qu’Église de nous identifier avec tout lobby géopolitique constitue un plus de taille dans le monde musulman. Nous ne faisons pas partie du lobby pro-Israël ; nous croyons à la justice pour tous les peuples, qu’il s’agisse des Israéliens ou des Palestiniens.

Un mouvement de réforme. Nous considérons que le message adventiste n’a rien de nouveau : en réalité, il n’est qu’un retour aux enseignements bibliques. Nous complétons la réforme partiellement réalisée que les Luther, Calvin et autres fidèles d’antan ont entamée. Les musulmans se considèrent aussi comme participants d’une œuvre de réforme.

Ces neuf aspects nous positionnent de façon unique quant à l’établissement de relations avec les musulmans à tous les niveaux, et quant à l’avancement de la mission que Dieu nous a confiée, laquelle consiste à annoncer l’Évangile au monde entier. Mais le monde islamique ne nous connaît guère ; en fait, les musulmans ne nous connaissent pas du tout. Quand ils entendent parler des chrétiens, ils pensent immédiatement à un peuple qui mange du porc, qui boit de l’alcool, qui est enclin au libertinage et qui se range du côté d’Israël.

Il faut faire en sorte que les musulmans découvrent ce que nous sommes, et ce que nous défendons. C’est là une œuvre majeure qu’il nous faut absolument saisir. Et quand cela se produit, les attitudes changent : l’incrédulité cède le pas à l’étonnement, à l’appréciation, et à une acceptation chaleureuse.

Lorsque je rencontre des dirigeants musulmans, je souligne dès le début que je préfère être connu en tant qu’adventiste plutôt qu’en tant que chrétien. Pour les musulmans, le nom « chrétien » entraîne des associations tellement négatives (lesquelles n’ont rien à voir avec ce que nous sommes vraiment) que je préfère éviter le terme. Et le terme « adventistes » rend bien l’essence de ce que nous sommes – notre espérance dans le retour de Jésus et la certitude que Dieu nous appelle à le proclamer au monde.

Le rôle de la prophétie
Ma troisième conviction résulte directement de la seconde : la prophétie peut constituer une approche de choix pour susciter l’intérêt des musulmans.

Ceci a été le cas avec le cheik et ses collègues. Le premier contact avec les musulmans s’est produit grâce à un acte de gentillesse spontané de la part d’un laïque adventiste ; par la suite, l’intérêt s’est accru tandis que cet adventiste partageait les prophéties bibliques, d’abord dans le foyer des musulmans qu’il avait aidés, et plus tard, dans la mosquée, grâce à l’invitation du cheik.

Dans la mosquée, le premier soir, l’adventiste a souligné l’importance de la prophétie pour le monde entier, y compris l’islam. Il a expliqué pourquoi nous, les adventistes, nous avons une compréhension différente de celle du monde. Tandis qu’il partageait les prophéties bibliques en cette première soirée, les musulmans ont répondu sans réserve. Au cours des présentations suivantes, il a suivi le sentier conventionnel, commençant par Daniel à partir du chapitre 2, et poursuivant par le livre de l’Apocalypse.

La prophétie est importante dans nos discussions avec les musulmans parce qu’elle donne de la crédibilité à la Bible. Bien que le Coran parle de la Bible, l’islam soutient principalement que celle-ci est corrompue et, par conséquent, l’ignore presque complètement.


Se garder des préjugés
Ma quatrième conviction, c’est que des changements doivent s’opérer chez les adventistes. Le Seigneur nous a confié un message et un style de vie suscitant grandement l’intérêt des musulmans. Toutefois, nous devons faire nous-mêmes l’expérience d’un renouveau dans notre attitude et dans notre vie spirituelle pour que le Seigneur puisse nous utiliser comme il le désire.

Les musulmans de l’Occident souffrent de préjugés très répandus. Dans notre société, les sentiments courants et l’omniprésence des médias affectent inévitablement les adventistes. Il en résulte qu’en général, pasteurs et membres ne ressentent nullement leur responsabilité à l’égard des musulmans. En outre, les congrégations adventistes – il faut bien le dire – ne sont pas prêtes à accueillir les musulmans chez elles. En fait, certains adventistes ont préparé des livres et des DVD décrivant les musulmans de façons très négatives.

Les adventistes sont sujets aux stéréotypes et aux mythes négatifs, au nombre desquels on retrouve :

L’islam est une religion violente ; par conséquent, la plupart des musulmans sont enclins à la violence. L’islam comporte une dimension violente, au même titre que d’autres confessions. Cette dimension, cependant, ne se retrouve que chez un faible pourcentage de musulmans. Un important sondage international Gallup auprès de quelque 30 000 musulmans a démontré que 93 % d’entre eux rejettent la violence.

« Allah » est le nom d’une déité païenne. Une étude de l’étymologie établit rapidement la fausseté de ce mythe. « Allah » n’est que le terme arabe pour Dieu. Les arabes chrétiens l’utilisaient avant Mahomet, et l’utilisent encore de la même façon. Parce que l’islam a surgi chez les arabes et que le Coran a été écrit en arabe, le terme « Allah », inévitablement, a été adopté pour désigner Dieu.

À cause de leur taux de naissance élevé, les musulmans dépasseront bientôt les chrétiens en nombre, devenant ainsi la religion de la majorité dans plusieurs pays d’Europe. Un DVD qui a circulé largement a effrayé certains adventistes qui en ont accepté les idées sans les passer au peigne fin. Ce DVD prétend que les musulmans prendront le pouvoir de l’Occident par le biais de la revanche des berceaux : avant longtemps, leur culture prédominera en raison de leur grand nombre. Malgré cette description frappante, l’argumentation présente des failles : les données sont triées sur le volet, les suppositions, injustifiées, et les preuves contraires, passées sous silence.

Prêts pour le renouveau
Ma conviction finale est sans doute la plus surprenante de toutes : le fait de prendre au sérieux notre mission envers l’islam a le potentiel de renouveler et de réformer l’Église adventiste.

La passion du cheik à l’égard du retour de Jésus et sa certitude de l’imminence de ce retour me hante toujours. Et je me demande : Dieu serait-il en train d’appeler son peuple adventiste à se réveiller ?

L’évangélisation adventiste envers les musulmans ne se produira que lorsque nous nous humilierons, que lorsque nous permettrons à Dieu d’adoucir notre cœur et de renverser nos préjugés. Le Seigneur doit mettre dans notre cœur un amour profond pour les musulmans et un désir brûlant de les voir se joindre à nous sur le chemin du royaume. Il doit rendre nos églises chaleureuses, ouvertes, et leur donner un esprit d’acceptation à l’égard des musulmans. Lui seul peut faire cela. De tels changements révéleront une Église renouvelée et réformée.

Je ne jouis pas d’une longue expérience avec les musulmans. Mais déjà, j’ai été témoin de la puissance transformatrice de l’amour. Ma rencontre avec le cheik qui a progressé à un rythme si étonnant tire son origine d’un acte généreux d’un adventiste revêtu de transparence, animé de bonne volonté, qui n’hésite pas à manifester de l’amour. J’ai observé que les musulmans jaugent rapidement une personne ; s’ils la trouvent honnête, authentique, ils réagissent favorablement.

Au cours des derniers mois, j’ai fait la connaissance d’une femme d’affaires adventiste qui a les musulmans à cœur. Il faut dire qu’il n’en a pas toujours été ainsi ! En fait, elle a grandi en nourrissant de l’antipathie pour eux. Mais le Seigneur a changé son cœur. Elle m’a confié qu’auparavant, elle portait des bijoux de prix, mais au fur et à mesure qu’elle s’est intéressée aux musulmans, qu’elle a vu leur emphase sur la modestie, elle a compris qu’elle devait ôter ses bijoux, et au bout du compte, s’en départir.

Peut-être y a-t-il ici une parabole sur ce qui peut se produire à grande échelle alors que les adventistes atteignent les musulmans.
 

William G. Johnsson assiste le président de la Conférence générale dans le dossier des relations interconfessionnelles.