Un caillou juste pour moi

   Un petit geste pour une grande leçon

 
    Grand-mère, veux-tu voir un caillou vraiment joli?» Bryce, six ans, tend sa main qu’il tenait derrière son dos, un grand sourire aux lèvres. Cinq doigts pleins de sable s’ouvrent. Dans la petite main se trouve un caillou très ordinaire – gris, de la taille d’un crapaud, sans rien de particulièrement éclatant.

Aucune grand-mère ne voudrait gâcher la magie d’un tel moment! Tout ce que font les petits-enfants est lumineux en soi, n’est-ce pas? J’admire donc joyeusement sa trouvaille. Ce qu’il me dit ensuite me donne envie de rire. «Mamie, tu peux l’acheter si tu veux», me suggère-t-il en toute bonne foi, et avec une légère hésitation, il poursuit: «Dis, que penses-tu de… 25 cents?»

Eh bien, j’ai payé 25 cents pour un vulgaire caillou, semblable à des milliers d’autres que j’aurais pu ramasser moi-même sur le rivage ce jour-là, et sans dépenser un sou, s’il vous plaît! Sept ans plus tard, ce caillou se trouve toujours quelque part dans l’un de mes tiroirs. Et ce n’est pas tout: il est flanqué de trois «copains» que j’ai aussi achetés à 25 cents chacun. Je m’étais bien doutée que Bryce reviendrait rapidement à la charge avec les numéros deux, trois et quatre!
De l’escroquerie? Je ne pense pas. Pour lui, ces cailloux constituaient des trouvailles fascinantes, chacune étant unique, spéciale. Certes, il se réjouissait d’avoir gagné un dollar grâce à ses fouilles, mais il était absolument certain de m’en avoir donné pour mon argent. Et c’est ce qu’il a fait. Pas à cause de ses cailloux, toutefois.

Les enfants aiment les cailloux. En remontant assez loin dans notre enfance, nous comprenons pourquoi. Les cailloux sont fascinants. Impossible de les mordre ou de les briser… et pourtant, nous essayons. Nous apprenons très tôt que les choses vraiment résistantes et fiables dans la vie sont comme «le roc». Avec un peu d’aide de papa ou de grand frère, nous pouvons apprendre à sauter par-dessus. Même sans aide, nous pouvons les lancer et les utiliser pour mesurer notre force et notre agilité. Pourtant, il y a plus. Ils ont parfois la forme de papillons, d’animaux, de visages, de cœurs, et de bien d’autres choses encore quand on se donne la peine de les observer davantage. Bryce a vu de merveilleuses choses dans ces cailloux.

Un secret entre Jésus et moi
Il y a un autre caillou que j’espère bien recevoir l’un de ces jours. J’ai lu et relu un texte à son sujet. Le fait de penser à ce caillou a illuminé mes moments les plus sombres. Il ne sera pas gros; en fait, il sera plus petit que le caillou gris de Bryce. Il tiendra dans la paume de ma main. Je pourrai le mettre dans ma poche et le transporter où que j’aille. Mais je ne le montrerai à personne. Ce ne sera pas nécessaire, puisque personne d’autre ne peut le comprendre. Mon nouveau nom sera écrit dessus. Les gens m’appelleront par ce nom mais n’auront aucune idée de sa signification. Seul Jésus la connaîtra.

C’est dans Apocalypse 2.17 que j’ai découvert tout ça: «Au vainqueur, je donnerai de la manne cachée et un caillou blanc; sur ce caillou est écrit un nom nouveau que personne ne connaît, sinon celui qui le reçoit.»

Lorsque j’ai lu ce passage pour la première fois, je suis restée abasourdie. La manne cachée? Le pain de vie? La Parole de Dieu? Immédiatement, mon esprit s’est reporté à Moïse et à Israël dans le désert, à la puissance miraculeuse de cette manne, une puissance qui soutient la vie. Puis il s’est transporté aux jours de Jésus, sur le flanc verdoyant d’une montagne de Galilée. Je vois des paniers débordant de pains frais, croustillants, de poissons multipliés, puis une foule stupéfaite dissimulant à peine une idée aberrante: Oh, quel roi il ferait pour Israël! Des sourires narquois se dessinent, des mains se frottent d’anticipation.

Reconnaissant rapidement le danger caché menaçant sa mission, Jésus leur explique qu’ils ne doivent pas rechercher un roi qui nourrirait leurs armées de pain physique. «Je suis le pain vivant qui est descendu du ciel. Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement; et le pain que je donnerai, c’est ma chair, que je donnerai pour la vie du monde.» (Jn 6.51, LSG)

Me voici donc, 2000 ans plus tard, devant un texte de l’Apocalypse qui me promet la manne cachée si je suis vainqueur. Cette manne, c’est Jésus lui-même. Caché dans mon cœur, il est ce pain vivant qui me nourrit, transforme mon âme, et me rend vainqueur.

Quel concept étonnant! Et ce n’est pas tout.

Le passage d’Apocalypse dit: «Au vainqueur, je donnerai… un caillou blanc.»

C’est donc ça! Jésus tend sa main cicatrisée qu’il tenait derrière son dos et me l’offre. Je ne peux le mordre ni le briser. Je ne peux qu’ouvrir ma main tremblante et l’accepter. Une pièce de 25 cents ne suffit pas pour l’acheter. Des millions de pièces de 25 cents ne suffisent pas non plus. Ni rien de ce que je possède.

Ce caillou blanc, Jésus me le donne personnellement. Tandis que je le contemple, toutes sortes de formes apparaissent – et par-dessus tout, le propre cœur de Jésus!


Deux larmes
Depuis la toute première fois où j’ai lu ce passage extraordinaire (vraiment, lisez-le!), j’ai compris que le caillou blanc signifiait que je ne suis plus coupable. À mes yeux, c’était comme un caillou clair, pur, sans tache, qui me dit que j’ai été rendue parfaite en Jésus, et libérée à toujours du péché et de la tentation.

En regardant ce caillou de plus près, il m’en dit même plus – il me révèle la plus belle vérité de toutes. Car un nouveau nom y est écrit. Seul Jésus et moi en connaissons la signification. Ému, mon Sauveur me fait un clin d’œil entendu duquel perle une petite larme qui se jumelle parfaitement à la mienne. Seuls nous deux connaissons le secret.

Combien de fois avons-nous, pendant les moments vraiment pénibles ici-bas – blessure, deuil, découragement, déception, désespoir – soupiré après quelqu’un qui prenne soin de nous, qui nous écoute, nous comprenne, nous conseille! Maintenant, il est clair que ce quelqu’un a été là tout le temps, et qu’il n’a fait que ça.

On raconte l’histoire d’un jeune Indien au seuil de l’âge viril. Dans sa tribu, tout jeune homme qui désire prouver sa virilité doit passer une nuit seul dans la forêt, les yeux bandés. Pour le jeune Indien, ce moment est venu. Son père le conduit donc dans la forêt pour l’épreuve. Tandis que les ténèbres l’enveloppent tels les murs épais d’une caverne, et que les hiboux commencent leurs appels nocturnes, le père fait asseoir son fils sur la souche d’un vieil arbre, lui bande les yeux, et lui dit: À demain, fils!

Quelle nuit longue et terrifiante! Le jeune Indien reste tendu et alerte. Il entend le doux bruissement des animaux qui font le va-et-vient dans la prairie, et le rugissement pas si lointain d’un couguar. De toute sa force, il lutte pour ne pas enlever son bandeau et revenir au village. Avec courage, il reste assis sur la souche jusqu’à ce qu’il détecte les premiers rayons du soleil. Soulagé, il enlève son bandeau. À son grand étonnement, il aperçoit son père assis calmement, droit comme un piquet, sur une souche à proximité. Du début à la fin de cette nuit terrible, il a été auprès de son fils.
De même, nous avons reçu l’assurance que Dieu ne nous abandonnera jamais. Et un jour, nous en aurons la confirmation en lisant le nom écrit sur ce caillou blanc.

Patricia A. Gross, épouse, mère, grand-mère, arrière-grand-mère, a enseigné l’histoire et l’anglais au secondaire pendant de nombreuses années, dans le sud de la Californie.